
Certains trophées du cyclisme se lisent dans le temps, les jambes et les chiffres. Le maillot vert du Tour de France, lui, se lit dans la vitesse pure. Né en 1953 pour célébrer le 50e anniversaire de la Grande Boucle, ce classement par points récompense les coureurs les plus réguliers aux arrivées d’étapes et dans les sprints intermédiaires. C’est le Suisse Fritz Schär qui fut le premier à l’endosser. Depuis, des générations de sprinteurs et de puncheurs se sont battus pour cette tunique devenue mythique.
Origines et évolution du maillot vert du Tour de France
Le choix de la couleur verte n’était pas anodin. La Belle Jardinière, chaîne de magasins de confection parisienne, sponsorisait le classement à l’époque et imposa sa teinte de prédilection. Une décision commerciale qui allait façonner l’identité visuelle de la course pour des décennies. Pourtant, en 1968, le maillot passa brièvement au rouge avant de retrouver son vert originel dès 1969. Une parenthèse que les puristes n’ont jamais vraiment digérée.
Les sponsors ont changé au fil des éditions. PMU a porté le maillot de 1991 à 2015, puis Škoda est devenu le partenaire officiel à partir de 2015. Côté fabrication, c’est depuis 2022 que l’équipementier italien Santini assure la confection des quatre maillots distinctifs du Tour. Ce qui mérite d’être souligné : Santini fabrique ses tenues à la main depuis 1965, dans son usine familiale de Bergame, en Italie du Nord. Le maillot 2025 intègre des tissus recyclés, des bandes silicones en forme d’Arc de Triomphe sur les manches et un patch aux initiales HD — hommage à Henri Desgranges, fondateur du Tour. Une pièce technique autant que symbolique.
Le classement par points fonctionne sur un principe simple : la régularité paie autant que la victoire d’étape. Les points sont distribués à chaque arrivée selon le type de terrain, et lors des sprints intermédiaires. Un mécanisme bien rodé, comparable au réglage précis d’un dérailleur : chaque cran compte.
| Type d’étape | 1er | 2e | 3e |
|---|---|---|---|
| Étape plate | 50 pts | 30 pts | 20 pts |
| Étape vallonnée | 30 pts | 25 pts | 22 pts |
| Étape de montagne | 20 pts | 17 pts | 15 pts |
L’écart entre une arrivée plate et une arrivée en altitude est significatif : 50 points contre 20 pour le vainqueur. Les sprinteurs purs ont donc un avantage structurel, mais ils doivent aussi survivre aux étapes de montagne pour rester compétitifs. Cette tension permanente est ce qui rend le classement vert si captivant à suivre.
Le palmarès du maillot vert : des champions hors normes
Peter Sagan règne sans partage sur ce classement. Le Slovaque, triple champion du monde sur route, s’est adjugé 7 maillots verts entre 2012 et 2019, dont une série de six consécutifs interrompue seulement en 2017. Un record qui paraît aujourd’hui difficilement accessible. Derrière lui, l’Allemand Erik Zabel totalise 6 victoires, toutes acquises entre 1996 et 2001 — six années d’affilée. L’Irlandais Sean Kelly, coureur des années 1980, complète ce podium historique avec 4 tuniques vertes remportées en 1982, 1983, 1985 et 1989.
Du côté français, il faut remonter à 1995 et Laurent Jalabert pour trouver le dernier vainqueur tricolore du classement par points. Trente ans sans successeur, ça laisse songeur. La course aux primes du Tour de France illustre bien cet enjeu : le maillot vert n’est pas qu’un symbole, il représente aussi une récompense financière concrète pour les coureurs et leurs équipes.
En 2024, c’est Biniam Girmay qui a frappé fort. L’Érythréen d’Intermarché-Wanty, alors âgé de 24 ans, a totalisé 387 points, soit 33 de plus que le tenant du titre Jasper Philipsen. Il est devenu le premier Africain à dominer le classement par points, avec des victoires à Turin, Colombey-les-Deux-Églises et Villeneuve-sur-Lot. Chez les femmes, Marianne Vos a réalisé un retour saisissant : à 37 ans, la Néerlandaise de Visma-Lease a Bike a empoché son deuxième maillot vert du Tour de France Femmes avec Zwift, avec 170 points, laissant sa compatriote Lorena Wiebes à 60 longueurs.

Le classement par points en 2025 : Milan en tête, Turgis dans la bagarre
La saison 2025 offre un scénario intéressant. Jonathan Milan (Lidl-Trek) domine le classement provisoire avec 372 points, devant Tadej Pogacar (294 pts) et Biniam Girmay (232 pts). Une hiérarchie qui reflète la puissance des sprinteurs sur les étapes rapides, mais aussi la capacité de certains grimpeurs à glaner des points en haute altitude.
Anthony Turgis (TotalEnergies) a porté le maillot vert lors de la deuxième étape entre Lauwin-Planque et Boulogne-sur-Mer, offrant un moment de fierté aux supporters français. Les finales pour puncheurs entre les côtes normandes créent précisément ce genre de situations — des terrains où un coureur combatif peut prendre le dessus sur un sprinter pur.
Les étapes vallonnées du nord de la France redistribuent régulièrement les cartes. Par exemple, une étape avec 3 500 m de dénivelé positif en Normandie peut changer radicalement le classement vert en quelques heures. Les principaux prétendants au maillot vert en 2025 sont :
- Jonathan Milan — 372 pts (Lidl-Trek)
- Tadej Pogacar — 294 pts (UAE Team Emirates)
- Biniam Girmay — 232 pts (Intermarché-Wanty)
- Jonas Vingegaard — 182 pts (Visma Lease a Bike)
- Anthony Turgis — 182 pts (TotalEnergies)
Ce classement évolue chaque jour, parfois sur quelques points d’écart. La vraie leçon du maillot vert, c’est qu’il ne récompense pas un seul exploit mais une cohérence sur trois semaines. Exactement comme un vélo bien entretenu : c’est la somme des petits réglages qui fait la différence sur la durée, pas un seul coup de clé.
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